Faut-il supprimer les départements ?

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Faut-il supprimer les départements ?

La remise mercredi 23 janvier 2008 du rapport Attali au Président de la République sur les 316 propositions nécessaires pour libérer la croissance française soulève bien des interrogations quant à leur pertinence et leur application. L'une d'entres elles (Décision n° 259, page 203 du rapport : Faire disparaître en 10 ans l'échelon départemental) témoigne indiscutablement de la non prise en compte dans ce rapport d'un élément essentiel de la construction du territoire français : l'Histoire…

Il y a dix ans, lors de la rédaction d'un mémoire universitaire en géographie et aménagement du territoire, nous nous étions déjà penché sur cette question, en étudiant notamment l'exemple du département des Pyrénées-Atlantiques* (lire le mémoire de DEA en entier ou consulter le plan détaillé). Effectivement, face à l'émergence de nouveaux territoires, sociaux, économiques, numériques, etc. il est nécessaire de s'interroger sur la permanence d'un échelon politico-administratif datant de la Révolution française…

Pourtant c'est justement cet élément qui fait la force du département : son histoire. Car le département est parfaitement ancré dans la mémoire collective, avec son représentant direct, le conseiller général. A l'inverse, la région (beaucoup plus récente), qui n'est qu'une juxtaposition de départements, apparaît beaucoup plus floue aux yeux des citoyens.

Si géographiquement la taille de la région correspond mieux aujourd'hui aux réalités socio-économiques, à l'inverse c'est le département qui propose un rapport à l'individu beaucoup plus pertinent, et dont l'action territoriale est d'ailleurs plus évidente au quotidien. Combien de personnes connaissent le nom de leur conseiller régional ? A l'inverse, et surtout en milieu rural, tout le monde connaît son conseiller général, seul élu (avec le maire et le député) qui bénéficie auprès des français d'une véritable relation privilégiée avec les électeurs de sa circonscription.

Le département n'est donc pas voué à disparaître, bien au contraire. Il constitue un échelon pertinent en tant qu'institution. Sa principale limite, actuellement, repose en fait sur son découpage, sur sa forme, et non pas son contenu, ses compétences : le débat actuel, au sein du département des Pyrénées-Atlantiques, entre basques et béarnais est également là pour nous rappeler qu'il n'y a pas que l'économie qui doit être pris en compte dans un tel rapport, mais aussi la dimension culturelle et linguistique d'un territoire qui évolue constamment par les hommes et pour les hommes…

Faut-il alors supprimer ou redécouper les départements ? En théorie, oui. En pratique, non… Pourquoi ? Tout simplement parce qu'un redécoupage (ou pire, la suppression) des départements apporterait encore plus de confusion dans l'esprit des français. Au lieu de stigmatiser un échelon territorial, de punir directement les français en leur enlevant un repère auquel ils sont habitués, il serait plus pertinent d'accélérer la décentralisation et de redéfinir clairement à ce moment précis les compétences de chacun. Ajoutez à tout cela un peu d'éducation et de pédagogie (de l'éducation civique pour tous), et vous améliorerez considérablement l'organisation politique et administrative de la France. Voltaire, célèbre philosophe des Lumières, disait ainsi : « Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres ». Or, ce n'est pas en supprimant le département que l'on éclairera le chemin des français. Bien au contraire, c'est en éclairant justement les points de repère que l'on avancera mieux, plus loin et de manière plus efficace…

 

 

Lionel Dupuy
Docteur en Géographie
Université de Pau et des Pays de l'Adour

 

* « Pour une remise en cause du maillage politico-administratif français ? Exemple de la limite départementale et régionale entre Pau et Tarbes. » Lionel Dupuy, mémoire de DEA, UPPA, 1998.